Brébeuf avant Brébeuf

Extrait d'un texte de M. Philippe Bernard
Livre du Centenaire
Paroisse St-Jean-de-Brébeuf 1905-2005

Le territoire de la paroisse religieuse St-Jean-de-Brébeuf créée en 1905 s'étend sur quatre cantons: la partie sud-ouest de Salaberry, la partie nord-est d'Amherst, la partie sud-est de Clyde, enfin la partie nord-ouest d'Arundel. Lorsque la municipalité a vu le jour en 1910, elle n'englobait que les secteurs de Salaberry et d'Amherst; en 1983, celui de Clyde lui a été rattaché. Celui d'Arundel dépend encore de la municipalité d'Huberdeau.

 

Avant la naissance de la paroisse, ces terres situées sur les deux rives de la rivière Rouge, en amont et en aval de la chute aux Bleuets, étaient peuplées depuis des siècles. Les Algonquins de la tribu des Oueskarinis furent les premiers à parcourir les forêts qui couvraient nos montagnes et nos vallées; chaque année, ils quittaient les rives de l'Outaouais et partaient en expéditions de chasse et de pêche, dressant ici et là leurs campements temporaires.

 

Au 19e siècle, des nouveaux venus remontèrent la Rouge; c'étaient des travailleurs de compagnies forestières engagés pour abattre les arbres dont les troncs, dépouillés de leurs branches, flottaient sur la rivière jusqu'aux scieries de l'Outaouais. À partir de 1875, des hommes et des femmes partis du sud prirent possession des terres partiellement déboisées; ces pionniers furent les premiers à coloniser la région et à mettre en valeur son potentiel agricole.

 

Au début du 20e siècle, des artisans et des commerçants bâtirent leurs maisons à l'ouest de la chute aux Bleuets, autour de l'église et de l'école nouvellement construites; le village de Brébeuf prenait forme.

 

Algonquins, forestiers, pionniers, artisans et commerçants: quatre groupes à l'origine de notre communauté brégeoise. C'était Brébeuf avant Brébeuf.

 

Les Algonquins

(...) Trois familles d'Algonguins, sûrement des Oueskarinis d'origine, vivaient sur le territoire de la future paroisse de Brébeuf. Dans le rang des Érables était établi Jacques Chichippe et les siens; plus tard, il rejoindra son père Joseph ainsi que Barnabé Chaouine et Félix Burch qui avaient regroupé leurs familles près d'Huberdeau.

 

Michel Commandant, son épouse Suzanne et leurs enfants occupaient le terrain où s'élève aujourd'hui le village de Brébeuf. Cette famille a quitté les lieux après 1881. Le frère de Michel, Joseph Commandant cultivait une terre plus au nord, du côté de Labelle.

 

On en sait d'avantage sur Xavier Maconse. D'abord installé dans le rang des Collines, il a laissé sa terre peu après l'arrivée des premiers colons blancs. On le retrouve en 1881 dans le second rang, en haut de la montée Laurence, avec son épouse Thérèse Ponspile et leurs huit enfants; en 1901, trois d'entre eux demeuraient avec les parents, plus deux autres nés depuis. Parmi les aînés, Honoré s'était établi à Saint-Jovite tandis que Simon et Isidore avaient choisi de vivre à Vendée.

 

Xavier Maconse est décédé le 21 mars 1926, à quatre-vingt huit ans, et a été enterré dans le cimetière paroissial de Brébeuf.

 

Les forestiers

(...) Au fur et à mesure que les travailleurs forestiers remontaient vers le nord, les terres bordant la Rouge et la Diable furent ouvertes à la colonisation. Un homme prit les choses en main: Sydney Robert Bellingham.. Il entreprit le projet de développer le nord de son comté et de favoriser l'implantation de familles de colons issus de la population d'origine anglaise et écossaise qui habitaient dans l'Outaouais.

 

En 1857, il procéda, à ses frais semble-t-il, à l'arpentage du nouveau canton d'Arundel; en retour, le gouvernement lui octroya une cinquantaine de lots d'une superficie totale de plus de 5000 acres. Deux ans plus tard, il reçut en concession 1272 acres répartis entre 14 lots situés le long de la Rouge, au sud-ouest du canton de Salaberry dont le cadastre venait d'être établi. Grâce à ses appuis au gouvernement, le chemin Bellingham fut ouvert à partir de Lachute, suivant le tracé de l'actuelle route 327.

Tout était en place pour l'arrivée de colons.

 

Les pionniers

Comment devenait-on colon ? D'abord une visite des lieux s'imposait afin de choisir un emplacement, de préférence une terre plane, bien drainée, avec une source d'eau potable, traversée par un chemin forestier et en partie déboisée. Son choix fait, le futur colon notait les coordonnées du lot, redescendait chez lui et se rendait au bureau du Commissaire des terres de la Couronne demander un billet de concession. (...)

 

(...) Certains s'installaient sans attendre la création officielle d'un canton et la confection du cadastre. C'étaient des squatteurs qui occupaient sans autorisation un emplacement qui n'avait pas encore été arpenté; ils jugeaient qu'il serait toujours temps de régulariser la situation lorsque les autorités ouvrirait les terres à la colonisation, avec le risque, très faible cependant, de découvrir que leurs lots avaient déjà été concédés.

 

Avec le soutien du député d'Argenteuil, les premiers colons à s'établir dans notre région étaient partis de Lachute, de Grenville et des villages environnants. Ils se firent octroyer des lots de part et d'autre du cours inférieur de la Diable, entre le lac Maskinongé et la Rouge. Ils s'appelaient Campbell, Monroe, McNeely, Andrews, McVicar, Cameron, McYntyre, Bates, Walker.

 

Les Laurentides étaient-elles destinées à devenir anglaises?

Un homme, un visionnaire, s'y opposa: l'abbé Antoine Labelle.

Natif de Sainte-Rose en 1833, Antoine Labelle a pris en charge la cure de Saint-Jérôme en 1868. Dès son arrivée, son regard se porta au-delà de Sainte-Agathe, dernière paroisse du nord. Le curé entreprit d'ouvrir à la colonisation les fiefs des compagnies forestières et de les consacrer à l'agriculture. Son projet était double. Fervent nationaliste, il prônait la reconquête du sol, par et pour les Canadiens, français et catholiques; barrer la route aux protestants anglophones constituait à ses yeux une œuvre patriotique.

 

À partir de 1870, Antoine Labelle effectua chaque été des voyages d'exploration, accompagné d'un guide, la plupart du temps un certain Isidore Martin, et partait à la recherche de sites favorables à l'établissement de colonies de peuplement. (...)

 

(...) En 1871, le curé campait dans la plaine du Grand-Brûlé, entre le ruisseau Clair et le ruisseau Français qui se jettent dans la Diable, au cœur du canton de Salaberry. C'est là qu'il a inauguré un processus qu'il renouvela maintes fois par la suite : il planta une croix en signe de prise de possession d'un terrain destiné à une future église. Deux ans plus tard, s'élevait une chapelle en bois, siège de la mission du Grand-Brûlé qui a pris le nom de paroisse de Saint-Jovite en 1879. En 1881, près de la moitié des lots de Salaberry étaient concédés, bien que pas tous exploités; des montagnes sans intérêt agricole constituaient le reste du canton (....)

 

(...) Pendant ces mêmes années, certains pionniers ne faisaient que s'arrêter à Grand-Brûlé; le temps de souffler, ils franchissaient les limites du canton de Salaberry et poursuivaient leurs routes jusqu'à la rivière Rouge. Le cadastre de ce territoire n'était pas encore établi, les terres encore moins arpentées. Ce n'est qu'en 1880 que le canton de Clyde fut créé, suivi de l'arpentage des lots, et que le curé Labelle inaugura la mission de l'Immaculée-Conception.

 

Qui étaient ces squatteurs ? D'abord trois beaux-frères venus de Sainte-Thérèse vers 1877: Adolphe Labelle, époux de Marie-Anne Marier depuis 1851; François-Xavier Marier qui s'était marié à Philomène Piché en 1860; Joseph Renaud, conjoint de Philomène Labelle depuis 1864. Trois pères de famille âgés respectivement de quarante-cinq, de trente-six et de trente-deux ans, tentés par l'aventure et désireux de refaire leurs vies pour une raison que nous ignorons.

 

Prenons le cas d'Adolphe Labelle et imaginons son périple à partir du peu que nous connaissons.

Un beau matin de juin 1877, accompagné de son fils de vingt-trois ans, aussi prénommé Adolphe, il a pris la route jusqu'à Saint-Faustin; à partir de là, les deux hommes ont emprunté une piste à peine carrossable jusqu'à la mission de Grand-Brûlé, ont traversé la Diable sur un chaland, franchi la frontière du canton de Salaberry et ont poursuivi leur marche vers leur destination: des terres situées sur la rive ouest de la Rouge et s'étendant jusqu'à une montagne qui prendra plus tard le nom de La Tuque.

 

Pourquoi là et pas ailleurs? Peut-être que le père avait déjà fréquenté les lieux comme bûcheron et reconnu le potentiel agricole des sols. Des grands pins blancs ne subsistaient que les souches, mais s'élevaient encore des épinettes propices à la construction d'une maison et des merisiers excellents pour la chauffer.

 

Le père et le fils ont construit une cabane en rondin de 20 pieds sur 20. Ils ont aussi préparé un lopin de terre destiné à un potager, et un autre lopin pour les semailles de céréales. De temps à autre, ils retournaient à Saint-Jovite acheter leur nourriture et réparer leurs outils. À l'automne, ils reprirent la route du sud, vers Sainte-Thérèse.

 

Adolphe Labelle transmit à ses beaux-frères une description avantageuse de son futur domaine et les invita à venir le rejoindre. Au printemps, Adolphe Labelle, Marie-Anne-Marier, leur fils aîné et leurs deux benjamins ont pris la route avec tous leurs biens qui ont pu trouver place dans la charrette tirée par un bœuf. Arrivés sur place, le vrai travail commence : défricher quelques acres, retirer les souches et les pierres, labourer et semer. Ils élèvent un bâtiment pour le bœuf, une vache et quelques poules achetées à Grand-Brûlé. La construction de la maison attendra un an ou deux. Pendant l'hiver, on coupe des arbres, on brûle les abatis.

 

Les Renaud et les Marier arrivèrent à leur tour, les uns avec sept enfants, les autres avec dix. Les premiers choisirent de s'installer au sud de la famille Labelle; les seconds préférèrent occuper un plateau situé en face, sur l'autre rive, et entouré en partie par un méandre de la rivière.

 

D'autres familles, parties de Saint-Jérôme et de Saint-Sauveur, vinrent se joindre aux premiers occupants du futur rang des Collines. (...) Plus au sud, Paul Alarie et Marie-Louise Desjardins, accompagnés de leurs onze enfants, ouvrirent le futur rang des Érables où la famille Chichippe les avait précédés. (...)

 

Après l'érection des cantons de Clyde en 1880 et d'Amherst en 1883, la confection des cadastres et l'arpentage des terres, la plupart de ces familles ont obtenu leurs billets de concession et la désignation officielle de leurs lots (...).

 

(...) Alfred Paquette épaula sa fille Angélina et son gendre Wilfrid Charbonneau qui avaient acquis un lot là où s'élève de nos jours une bonne partie du village; la famille de Michel Commandant ne tarda pas à quitter les lieux vers une destination inconnue.

 

(...) Toujours sur la rive ouest de la rivière, dans le futur chemin de la Rouge, deux familles prirent possession de leurs lots. Honoré Doré et Olivine Labelle, nièce d'Adolphe et sœur de Félix, s'installèrent sur une terre à flanc de coteau et traversée par deux ruisseaux. Plus au sud, Louis Piché et Victoria Cadieux sont venus de Sainte-Thérèse, avec leurs onze enfants, bâtir leur maison et défricher une vaste plaine située en majeure partie dans le canton d'Arundel.

 

(...) Longée aujourd'hui par le Tour du Carré, une plaine fertile entre rivière et montagne accueillit deux jeunes ménages montés du sud : Zotique Paradis et Mélina Milette, Damase Marier et Priscille Beauregard. Passé le Cap, en direction de la Diable, s'établirent Michel Campeau, dont les parents vivaient à Saint-Jovite, et Éliza Lauzon, de Saint-Jérôme.

 

(...) Quatre familles se portèrent acquéreurs des terres que traversent maintenant la route 323 et le rang des Vents: Philippe Marinier et Rosalie Paquette, fille d'Alfred; un des fils de François-Xavier Marier, Joseph, époux d'Hermeline Groulx; Ménasippe Cloutier et Arthémise Bélisle; Gédéon Sanche et Melvina Charbonneau.

 

Le domaine Bellingham comportait en outre 4 lots s'étendant sur les deux rives en amont de la chute aux Bleuets. Maxime Meilleur décida vers 1890 de les acheter et de construire un moulin mû par la force hydraulique. Il s'élevait en haut de la chute, sur la rive est, où un chenal naturel augmente la force du courant; un bief en bois, muni de vannes à l'entrée et à la sortie, actionnait une roue à aubes dont la rotation transmettait l'énergie mécanique nécessaire au fonctionnement de la scierie. Mais le propriétaire avait négligé la violence des crues printanières de la Rouge et à la première occasion les débris de son ouvrage partirent au fil de l'eau.

 

En 1889 avait été inauguré au-dessus de la chute aux Bleuets un pont de bois qui n'a pas laissé de traces dans la mémoire brégeoise. Il a été fermé à la circulation par décision du conseil municipal de Saint-Jovite parce son mauvais état le rendait dangereux et fut démoli peu après. On n'en sait pas plus. Je suis persuadé qu'il ne s'agissait pas d'un pont couvert dont la durée de vie aurait dépassé les neuf ans. Ce devait être un étroit tablier muni de garde-fous et suspendu à une charpente triangulaire, ouverte à tout vent, à la pluie et à la neige.

 

En 1901, 42 familles vivaient sur le territoire de la future paroisse de Brébeuf et regroupaient 270 hommes, femmes et enfants. Leurs terres fournissaient l'essentiel pour se nourrir, se vêtir et se chauffer. Quant au reste, les habitants devaient se rendre à Saint-Jovite, à Saint-Rémi ou à La Conception afin de combler leurs besoins. Les services étaient inexistants : ni magasin général, ni épicerie, ni forge, ni bureau de poste.

 

La route n'était pas toujours praticable lorsqu'on voulait entendre la messe dominicale, baptiser un nouveau-né ou inhumer un mort. La majorité des enfants n'avaient pas accès à l'instruction scolaire à cause de l'éloignement des deux écoles qui relevaient, l'une de La Conception, l'autre de Saint-Jovite; l'institutrice Élise Michaud était responsable de la première située à l'extrémité du rang des Vents et Florida Fournelle, de la seconde au carrefour du Tour du Carré et de la route 323.

 

Un projet de village, avec son église et son presbytère, son école, ses commerces et ses services, commença à germer dans les esprits. Un homme s'en fit le promoteur, Adolphe Coupal.

 

Naissance du village

Adolphe Coupal, qui avait épousé en 1876 Emma Coupal, une lointaine cousine, cultivait sa terre à Saint-Michel de Napierville, au sud de Montréal, quand il entendit l'appel du nord par la voix de son beau-père, Sixte Coupal. Celui-ci avait été député du comté de Napierville dès 1863, d'abord à l'Assemblée législative du Canada-Uni, puis à la Chambre des communes après 1867; défait aux élections de 1882, il décida de mettre fin à sa carrière politique et de venir vivre à Saint-Jovite, à l'invitation d'Antoine Labelle (...). L'accompagnèrent son fils Sixte et son gendre Adolphe, avec leurs épouses et leurs enfants.

 

(...) Vers 1895, Sixte Coupal le jeune avait acheté à Maxime Meilleur ses terres riveraines en amont de la chute aux Bleuets et le vieux moulin désaffecté; il les revendit à son beau-frère un peu plus tard. Adolphe Coupal construisit un nouveau moulin, cette fois sur la rive ouest, et fit creuser dans le roc un canal d'amenée qui augmentait considérablement le débit et la puissance hydraulique; une turbine horizontale fournissait la force d'entraînement d'un système complexe de courroies et d'engrenages qui actionnait une grande scie circulaire à débiter les troncs d'arbres et des appareils de corroyage et de profilage de madriers et de planches. Une soufflerie projetait à l'extérieur le bran de scie dont l'accumulation formait un tas impressionnant à côté du moulin; on s'en servait pour isoler le toit et les murs des maisons. Il installa dans une annexe un moulin à farine que prit en charge Fortunat Meilleur, le fils de Maxime.

 

Adolphe Coupal caressait un autre projet : favoriser le développement d'un village par l'ouverture d'une nouvelle municipalité sur les bords de la Rouge; au préalable, l'érection d'une paroisse s'imposait. À l'époque, la région relevait, au plan religieux, du diocèse d'Ottawa. Avant de transmettre une demande à monseigneur Joseph-Thomas Duhamel, il devait s'assurer que les curés des paroisses existantes ne s'opposeraient pas à perdre une partie de leurs ouailles et de leurs dîmes. Celui de Saint-Rémi appuya le projet; celui de Saint-Jovite ne s'objecta pas, malgré ses réticences; celui d'Huberdeau, peu concerné, donna son accord; seul celui de La Conception manifesta son opposition.

 

Laissant de côté les habitants du canton de Clyde, Adolphe Coupal a convaincu les autres cultivateurs, puis a transmis sa requête à monseigneur Duhamel qui donna sa bénédiction, à condition que les futurs paroissiens contribuent financièrement à la construction de l'église.

 

Le 12 juin 1904, le notaire Barette de Saint-Jovite recevaient 35 hommes qui s'engagèrent à verser au diocèse d'Ottawa 200 dollars par année pendant cinq ans, soit au total 1000 dollars, plus les intérêts courus, en remboursement d'une partie des coûts de construction de l'édifice destiné à recevoir la population des secteurs concernés des cantons de Salaberry, d'Amherst et d'Arundel; le curé de Saint-Rémi, Omer Ferron, accepta leurs engagements au nom de l'évêque d'Ottawa.

 

Joseph Therrien donna un terrain pour recevoir l'église et le presbytère et un second destiné à l'aménagement d'un cimetière.

 

Un menuisier de Saint-Jovite, un nommé Vanchesteing, obtint le contrat de construction de l'église; il a fabriqué les portes et fenêtres, tandis qu'Adolphe Coupal fournissait les poutres de la charpente, les solives et les planches. Le coût total s'est élevé è 1837,55 dollars, sans compter le porche et le clocher qui n'ont vu le jour qu'en 1928.

 

En 1905, les fidèles pouvaient se rassembler dans la nef et entendre la messe célébrée par l'abbé Ferron chargé de desservir la paroisse de la Présentation-de-Marie jusqu'à l'arrivée d'un curé résident. Celui-ci, l'abbé Omer Lavergne, a dirigé la paroisse de 1905 à 1908; faute de presbytère, il louait deux chambres, au prix de 4 dollars par mois, chez Henri Alarie, dans le rang des Érables. Son successeur, l'abbé Donat Guay, curé de 1908 à 1915, a pris possession en octobre 1910 du presbytère qui coûta 2455,06 dollars.

 

(...) Tel que prévu, le village commença à prendre forme autour du carrefour du chemin principal et du rang des Collines. Adolphe Coupal bâtit sa maison familiale à côté de l'église. Armand Loiselle ouvrit un magasin général; Médéric Thérrien, frère de Joseph, une épicerie; Stanislas Cardinal, un hôtel. Jean Forget et Albert Lebeau achetaient les surplus de lait des cultivateurs et fabriquaient des fromages qu'ils expédiaient à Montréal. Le forgeron Théophile Touchette ferrait les chevaux et cerclait les roues des véhicules.

 

(...) Dès 1906, le gouvernement fédéral dotait le village naissant d'un bureau de poste sous le vocable de Chute-aux-Bleuets, avant de porter celui de Brébeuf. (...) L'année suivante l'école ouvrit ses portes,. (...) L'édifice se dressait en face de l'église, avec deux salles de classe au rez-de-chaussée et un logement à l'étage à l'intention des institutrices; au sommet s'élevait un petit clocher qui sonnait l'appel des enfants et prévenait les parents de leur retour à la maison.

 

Durant ces années, quelqu'un, peut-être Adolphe Coupal, imagina d'installer une cabine en bois de 3 pieds sur 12, suspendue au-dessus des chutes à des poulies qui roulaient sur un câble d'acier qui reliait les deux berges; des cordages tirés à bras dirigeaient la nacelle vers la falaise opposée. Ce pittoresque engin réservé aux humains facilitait aux résidents de la rive est l'accès à l'église, à l'école, à l'épicerie et au magasin général.

 

Deux chalands à l'usage des carrioles et des charrettes permettaient aux villageois et aux cultivateurs de franchir la rivière. Les voyageurs à destination de Saint-Jovite utilisaient celui établi en aval, à partir de la terre de Louis Piché et débarquaient dans le Tour du Carré. Ceux à destination de La Conception empruntaient celui en amont qui reliait, à la hauteur de la terre d'Adolphe Labelle, le rang des Collines au rang des Vents.

 

Enfin était inauguré en 1907 un nouveau pont, couvert celui-là, dont le ministère de la Colonisation avait autorisé et financé la construction, à la demande du conseil municipal de Saint-Jovite. Le fait que le maire s'appelait Sixte Coupal a certainement contribué à la démarche. Ce pont, qui fut démoli en 1952, contribua à unifier la population de la paroisse et à favoriser le développement du village sur la rive est.

 

En 1910, les habitants du sud-est du canton de Clyde réussirent à vaincre la résistance du curé de La Conception qui se résigna à les perdre au profit de Brébeuf.

 

La même année, à la suite d'une requête présentée par Stanislas Cardinal, Napoléon Boivin, Alexis Piché, Pierre Piché et quelques autres, le gouvernement du Québec autorisait par législation la création de la corporation municipale de Brébeuf. L'année suivante les 49 propriétaires payaient leurs premiers comptes de taxes dont le total s'élevait à la somme considérable de ... 152,47 dollars.

Une nouvelle histoire commençait.

 

Le Pont Prud'homme

Il faut relire l'histoire de l'époque pour bien comprendre le processus et les démarches des propriétaires pour obtenir la construction d'un pont.

 

C'est en consultant le procès-verbal du 11 septembre 1918 de Georges Dury, surintendant spécial nommé par le conseil du comté de Terrebonne et chargé du rapport complet du projet d'un pont à construire, avec les deniers du gouvernement de la province, sur la rivière du Diable, dans le deuxième rang du canton deSalaberry, que l'on retrouve la verbalisation pour les travaux de construction, d'entretien et d'amélioration futurs dudit pont demandé.

 

La démarche donnait suite à la requête écrite (pétition) présentée par Herménégilde Labelle (père de René Labelle) et autres intéressés désireux d'obtenir un lien entre les deux rives qui étaient desservies par un chaland en été et un pont de glace en hiver; la rive du côté ouest était dans la municipalité de Brébeuf et l'autre du côté est dans la municipalité des cantons unis de deSalaberry et Grandison (Saint-Jovite).

 

Cette réunion de consultation publique des riverains concernés eut lieu le 26 août 1918 chez Alphonse Prud'homme. On énonça alors le partage des frais entre les propriétaires visés des deux rives, selon les lots et leur évaluation respective.

 

On retrouve dans les minutes de l'assemblée spéciale du conseil de la municipalité de Brébeuf, en date du 17 juillet 1919, la répartition de ces coûts au prorata de l'évaluation de chaque propriétaire pour un montant total de $997.02 pour les 8 propriétaires concernés (côté ouest).

 

La réunion fut concluante à l'exécution du projet, en autant que tous les propriétaires des lots visés, liste à l'appui, soient détachés de leur obligation pécuniaire des ponts déjà établis dans chacune de leur municipalité, soit : le pont de la chute aux bleuets à Brébeuf et le pont Léonard, à Saint-Jovite..., ce qu'ils obtinrent de leur municipalité respective.

 

Anecdotes

Toutes ces notes ont été prises au fil du temps par la famille Alphonse Prud'homme, voisine du pont couvert.

Gaston Gervais, pionnier de Mont-Tremblant (1899-2002), avait confirmé à Gérard Prud'homme que le bois d'épinette ayant servi à la construction du pont avait été coupé au pied du Mont-Tremblant, à l'endroit du carrefour giratoire du lac Tremblant (ancien emplacement de l'hôtel Meilleur ). Le transport du bois se faisait par la voie des eaux à partir du Lac Tremblant, via la petite Rivière Cachée, se jetant dans la Rivière du Diable jusqu'à Saint-Jovite pour être scié selon les plans et finalement être remis à l'eau jusqu'à destination.

 

Les travaux de construction débutèrent la première semaine d'octobre 1918, pour se terminer le 11 novembre 1918 ( 6 semaines seulement ) sous la supervision de Bernardin Durocher, de Ville-Marie.
Coût total de la construction : $6,000.00

 

Fin des travaux : le jour de la déclaration de la fin de la guerre, c'est-à-dire l'ARMISTICE. Tous les ouvriers sont allés " fêter en grande " au village!

 

Tous les grands travaux du temps se faisaient avec l'aide de volontaires sous forme de corvée.

 

La première voiture à passer sur le tablier du pont fut celle d'Harmel Perreault, résidant alors de Crystal Fall, le 22 octobre 1918, en revenant d'aller faire baptiser Lucille, sa fille aînée, à l'église de Brébeuf. Le matin, ils avaient dû passer sur le chaland.

 

Alphonse Prud'homme s'était engagé bénévolement à épandre de la neige dans le pont pour permettre le passage des traîneaux en hiver. Cet engagement dura près de 40 ans.

 

Un graffiti très artistique avait été gravé dans le bois par Lionel Savard, ancien draveur. Ce panneau a été remplacé lors de la restauration du pont en 1996.

 

À travers le temps, plusieurs ponts couverts ont disparu, soit par la crue des eaux, la glace, le vent et même le feu. Le pont Prud'homme est depuis longtemps protégé par une médaille déposée avec ferveur par la famille l'ayant mis sous la protection de Saint-Antoine.

 

Toponymie

Le pont couvert a eu plusieurs autres appellations au fil des ans, le reliant chaque fois à un moment de notre histoire.

 

Pont de l'Armistice : référence dans les anecdotes à la fin de la construction, soit le 11 novembre 1918.
Pont David : En l'honneur de Athanase David (1882-1953). Il fut député libéral du comté de Terrebonne de 1916 à 1919 et nommé ministre et sénateur par la suite.

 

Pont Prud'homme : C'est en 1957, par l'initiative de Fernando Paquette, maire de la municipalité de Saint-Jovite de 1953 à 1978, que le pont pris le nom d'une famille pionnière de Brébeuf qui demeure encore aujourd'hui près du pont. Lors de sa quatrième année à la mairie, il avait obtenu par ses contacts un octroi du gouvernement provincial, sous la gouverne de Maurice Duplessis, fondateur de l'Union Nationale et Premier Ministre du Québec ( 1936-39/1944-59 ), pour refaire le plancher (tablier) du pont. Le député du temps était J.L Blanchard. C'est lors de ces travaux que le pont fut baptisé du nom de " Prud'homme ". En remerciement, Alphonse Prud'homme avait peint " VOTEZ FERNANDO " sur la grosse roche, face à l'arrêt, à l'intersection de la route 327 et du rang 2 du pont.

 

Dates importantes

  • 19 septembre 1973

Le tablier du pont fut défoncé par un camion 6 roues, contenant une lourde charge de pierres nettes. Depuis, on a installé des balises pour limiter la hauteur à l'entrée et à la sortie du pont, éliminant ainsi tout accès aux poids lourds.

 

  • 15 octobre 1996

Le ministère des transports attribue un budget de $40,000.00 pour rénover et renforcer le pont Prud'homme. On restaura au complet le revêtement extérieur; il passa de la couleur verte et blanche au rouge d'antan.

On peut bien voir le type architectural de la structure dite " Town québécois " avec l'ajout de plusieurs montants verticaux de chaque côté du treillis, tous les 2.5 mètres.

Les ouvertures pratiquées dans les lambris horizontaux avaient d'abord pour but de ventiler le pont et de permettre de voir à l'extérieur. Par la lumière qu'elles laissaient entrer, ces ouvertures permettaient aussi d'éviter que les chevaux ne prennent peur dans ces longs corridors sombres et bruyants. Souvent les jeunes du coin plongeaient par ces carreaux.

Source : Album des familles - Paroisse St-Jean-de-Brébeuf 1905-2005

En vente au bureau municipal

 

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